Nus pieds
le vieux paysan, dos courbé, travaillait
déjà la terre était grise comme un sang séché
 
Nus pieds
comme le sont les travailleurs sans terre
un enfant regardait
 
Chante chante paysan
le sel de tes yeux n’abreuvera pas le champ
Chante chante
l’été encore voûtera ton dos
Chante chante paysan
la terre grise déjà t’attend   
 
Dansait dansait
l’enfant qui ne savait pourquoi le soleil brûlait
l’enfant qui ne savait pourquoi le maïs mourait
Dansait dansait
le fils qui demandait
 
Père, qui veux-tu que je sois ?
Quand mon temps viendra, que faudra-t-il que je fasse ?
 
La parole rude la parole rude
le vieil homme avait déclaré
 
Va plus loin mon fils
quelle que soit ta taille
tu porteras la vie sur tes épaules
quelle que soit ta taille
ta dimension d’homme tu chercheras
 
La parole rude la parole rude
Le dos courbé le dos courbé
Le vieil homme avait déclaré
 
Va plus loin mon fils
ici tout le sel de mes yeux n’abreuvera pas le champ
ici la terre est grise comme un sang séché
 
Victor était parti une guitare à la main
avec des mots qui résonnaient dans le matin
Victor était parti avec ses camarades
et la chanson des jours meilleurs
 
Chante chante camarade
 
Les doigts coupés il a chanté
le sel de ses yeux n’a pas abreuvé le stade
au Chili la terre était grise comme un sang séché
 
Chante chante camarade
tu portais ta vie sur les épaules
quelle que soit ta taille
tu avais trouvé ta dimension
 
Chante chante camarade
ta dimension tu as trouvée.    

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JEAN-MICHEL SANANES

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requiemVictorJara