Soustraire, se soustraire ; prendre l'essentiel non seulement d'objets mais de pensées, cet allégement est déjà une philosophie. Le désert n'est pas complaisant. Il sculpte l'âme. Il tanne le corps. Il faut supporter le soleil intense du jour, le froid de la nuit. Trouver de l'eau, cette richesse. Supporter de perdre le sens du temps et de l'espace. Ceci n'est pas réservé qu'aux novices. Si ce vertige prend un Touareg, vous le verrez s'allonger, se recouvrir de son burnous. L'arrêt, le sommeil, l'obscurité, le silence le recentrent. Car le désert, dans le Ténéré par exemple, offre, comme la mer, un horizon perpétuellement circulaire. Nous utilisons à présent un instrument de positionnement par satellite. Il suffit de lire les chiffres sur l'appareil et de les reporter sur la carte. Pour ma part, je préfère utiliser ma vieille boussole. Les nomades, eux, se réfèrent toujours aux astres, au vent. Quelques mots d'un Bédouin m'ont toujours plus appris que ceux des professeurs. C'est pourquoi j'interroge toujours les pèlerins du désert. Leur acuité visuelle, mentale, instinctive est admirable. Le nomade s'appuie sur des repères infimes dans un paysage quasi désertique : une bande de sable de telle couleur, un ensemble de pierres de telles formes. L'homme est lié au paysage et sa vigilance lui garantit une liberté toujours fragile.

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THEODORE MONOD

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