Ô pèlerin, tu as vu

Comme le cheval parfois,

Ereinté, l’œil sauvagement aux abois,

Sur la surface des eaux, tranquilles et bleues,

Répand l’écume ?

Tu sais que les chevaux qui

Souffrent et endurent

Pleurent de l’écume ? Les larmes leur manquent.

 

 

Ô pèlerin, vois là-bas ce nuage

De si loin tout noir, aux bords déchirés,

Seul dans l’azur des cieux.

Sache que la terre a laissé échapper

Sur les eaux azurées des cieux

Au moment de souffrir - au moment de choir sous le joug du destin,

A laissé échapper cette écume.

Au moment où des lèvres les plus humbles

Est prêt à jaillir l’anathème…

Ainsi parlait l’arabe aux cheveux blancs,

Assis sur une pierre vieille comme le monde

Et qui dérangeait à l’aide d’un bâton la course ruisselante des flots.

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VELIMIR KHLEBNIKOV

1904

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