Lorsque la mort viendra
Je voudrais que ce soit comme aujourd'hui
Un grand soir droit laiteux et immobile
Et surtout je voudrais
Que tout se tienne bien tranquille
Pour que j'entende
Une dernière fois respirer cette terre
Pendant que doucement s'écarteront de moi
Les mains aimées
Qui m'attachent au monde

Et la vie c'est cela
Une ombre qui s'allonge sur le seuil
Une cour abritée de longs tilleuls
Le miel en fleur et les abeilles mortes
Un main qui frappe à la porte
Et les visages changent de couleurs
Rien n'a bougé que le ciel sans racines
Et la saison penchée au bord de la ravine
Les regards sont plus fixes et les gestes raidis
Est-ce l'aube ou midi. L'attente est si pareille
A l'attente et tout ce qu'on connaît
Tout ce qu'on retient n'est que le rêve tourmentant
D'une réalité profonde et dérobée
Toutes les choses de la terre
Il faudrait les aimer passagères
Et les porter au bout des doigts
Et les chanter à basse voix
Les garder les offrir
Tour à tour n'y tenir
Davantage qu'un jour les prendre
Tout à l'heure les rendre
Comme son billet de voyage
Et consentir à perdre leur visage.

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ANNE PERRIER

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121_X_90_cm