Comme si -

...mais la mer semble lointaine. Du sable, il ne me revient que l'odeur. Flux qui remonte, à contre-courant, vers l'intérieur.

Terre de rêveries, des amours, des persécutions. L'argile a-t-elle un coeur, et où donc bat sa vie ? J'use les chemins jusqu'à leur frontière faîtière - lieu de l'espace innommé -, là où sans doute le jour reconstitue ses forces.

 

Comme si le silence assumait tous les vacarmes -

...mais les heures qui s'amoncellent ne font pas la montagne ni même la colline. A peine un fardeau de plus sur les épaules. J'avance et j'oublie les chants qui me firent naître. Je voudrais me souvenir : et c'est déjà le reflux...Seuls des noms jonchent ma mémoire, telles ces pierres dispersées par les siècles, sans chair, sans parole.

 

Comme si le silence assumait tous les vacarmes et que, sur les derniers murs debout, le sang -

...mais pas un son. Nous n'avons que les mots que nous avons désirés. Ni les plus pires. Ni les plus beaux. Et je sais qu'à cet instant ils glissent d'entre nos lèvres vers d'autres ruisseaux, aussi vite que l'eau tarissant l'été les fontaines. Faudra t-il bientôt se taire pour n'écouter que l'histoire des possesseurs ?

 

Comme si le silence assumait tous les vacarmes et que, sur les derniers murs debout, le sang répandu, témoignant, se lancerait à l'assaut du ciel.

Midi.

Comme si l'urgence était au délire.

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JEAN-CLAUDE IZZO

" L'aride des jours "

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