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Les enfants piétinés
– tiges cassées dans un éclaboussement de sève –,
ils ne donneront pas leur blé,
ne goûteront pas au pain de liberté.
ils n’exhiberont pas
– seule arme de leur protestation –
leur jeunesse belle d’impertinence
et d’espoirs entêtés.

leur voix avait beau tonner,
jamais elle ne fut écoutée;
on lui tendit non l’oreille mais le fusil,
maintenant,
elle n’est plus que plainte qui balbutie dans la mort.

les autres
– les maîtres des chars, des journaux et des haut-parleurs –
enjambent les corps convulsés comme moissons brisée par l’orage.
rentrés chez eux,
ils ne se traiteront pas d’assassins,
ne regretteront pas d’être au monde.
ils rangeront leurs fusils,
sortiront peut-être d’anciennes décorations.
ils ne perdront pas l’appétit.

le jour poussera encore la nuit d’un coup d’épaule décisif,
le soleil noiera d’or les étoiles,
ordonnera d’autres équinoxes,

l’horizon fertile accouchera d’autres mirages,
le bleu du ciel récidivera,
le vent marin décoiffera d’autres têtes où fermente l’aventure,
caressera d’autres mains où les veines se nouent d’impatience.

mais la nuit de l’oubli ne viendra pas.

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TAHAR DJAOUT

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