Dans les lits clos entre caps et îlots un chant de falaise un chuintement blanc de mille chevaux de rage d’embruns du temps qui ne s’arrête plus tandis que les ifs noirs aux dents pointues se moquent des duvets du vent et des baisers vénéneux.

L’île telle un oiseau a peur de la nuit. Elle se cache dans les genêts et les nids de feuilles rousses. Elle erre comme les pirates au milieu des rochers et lance au large des éclairs bleus. Elle récolte les galets et les œufs de goélands et écoute à ravir les chants bretons, lents, répétitifs, pareils à la pluie.

Soleil couchant sur Port Coton. Orange ronde qui sort des nuages et tombe directement dans l’océan. On guette le rayon vert et les nuages nés en tumulte du grand vertige. Là-bas c’est l’Amérique.
Rien n’est plus triste qu’abandonner une île. Ce n’est ni une femme, ni un reflet de l’univers. C’est le monde tout entier qui dérive et s’engloutit de lui-même. On est appelé ailleurs. Qu’importe l’injure est terrible. Les monstres marins peuvent tout à loisir se repaître des forêts, des falaises, des hautes maisons du port, des bateaux et les broyer selon sa logique car tout maintenant est vraiment abandonné.

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MICHEL COSEM

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