Nous voyageons seuls avec nos chairs
tatouées d'empreintes
sur lesquelles marchent nos mémoires
et défile le pas de nos origines


quand nous serons loin de nos terres
couchés sous le toit qui nous brûle le repos
ce bûcher que nous caressons
avec crainte
avec orgueil
nous nous rappellerons
notre initiale étreinte

les lieux que nous fréquentons
rougissent de pudeur offusquée
écoutant nos confessions
dites à l'inconnue contrée
le songe compagnon de route
nous console des maux étrangers
parcourant nos organes charitables


à l’écart de nos murailles en ruines
nous adoptons le malaise des glaciers jours
nous hivernons à la croisée des exils occupants
nous rappelant la cause du divorce



le vieux burnous nous le portons avec fierté
un héritage sans résignation
il nous materne lors de la traversée de l’obscur
il enfante notre chaleur sous le froid de nos yeux

 

nous sommes atteints du syndrome
de la nomade histoire
ce parchemin du corps


nous transportons les pierres tombales
gravées du deuil impondérable
qui nous lacère le foie


le suaire antique couvre
le visage pudique de l'Afrique
dans un sillon infini résigné au silence


nous les enfants des brimades
déchus de tous nos rêves
même celui du survivre
n’avons rien bu de si cruel
que de naitre dans un verre d'encre fragile


assurément nous pratiquons
la langue des signes muette
la prière de la nuit
l’explosive parole
la couleur voilée

 


nous peindrons
les femmes racine
les amants de l'ombre
les préfacés du voyage
nous peindrons
la foudre guerre
le bruit du désert
le cri de la mer
pour que l'étoile
dévoile sa nudité

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KAMEL YAHIAOUI

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Oeuvre Kamel Yahiaoui

http://kamelyahiaoui.blogspot.com