Il n'est pas facile de voyager, d'opérer ce désenchevêtrement qui seul permet de quitter la complexité dans laquelle on est pris : comme l'oiseau que les gamins d'hier savaient piéger, selon un procédé aussi cruel qu'élémentaire, à un bâton de glu placé dans l'arbre. Cette difficulté à s'en aller, à lâcher prise, toutes ces formalités imposées dans les aéroports et qui, à ras de rêve, stérilisent l'envie de partir, mais n'empêchent pas le rêve de continuer à briller telle une icône au fond de notre intériorité assiégée. La lumière de l'affranchissement possible est toujours là : miroir, quête du Graal, cristal. Et, au sein de la nostalgie, toutes les couleurs promises, toutes les rosaces. Qu'est-ce donc qui chante ainsi dans la mémoire ? Quelle odelette perdue, quelle hélice de mer ou d'air brassant l'eau et l'espace ? Je suis assis, imaginant une désertion fabuleuse comme un départ sur la pointe des pieds jusqu'au seuil jamais rejoint de l'horizon. Et peut-être que cela, que cette fascination est déjà le début du voyage. De ce voyage que nous faisons tous à demeurer sur place sans bouger, les yeux soudain aussi cousus que la langue.

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SALAH STETIE

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Oeuvre Eugène Delacroix