le corps se dérobe
la gorge bâillonnée
le prix de ce pays de peur
c’est la grandeur de son cœur
le chagrin traîne tout seul
quand les voix des angoissés se noient dans le vent
tu n’abandonnes pas
tu t’avances sur le sentier à pas comptés
tu me coupes les liens
en pleine lumière — plus léger, plus audacieux que le chant
puis-je te serrer ma sœur
dans le pli fragile d’un mot unique et partagé

...

au début voir
c’est voir pendant des siècles
la tête pleine de cendres
sans oxygène
sans antennes
voir nécessite enfin le mot approprié
et l’œil tombe dans la plaie en furie
écoutez ! écoutez la montée de la langue humaine
dans son crâne doux et vulnérable
écoutez les voix multilingues du pays
chacun baptisé dans une syllabe de sang
ce pays appartient aux voix qui l’habitent
dépose le pays au pied des récits
de safran et d’ambre
d’outrage et de cheveux d’ange
d’honneur, rosée et fil de fer

 

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ANTJIE KROG

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Malangatana_Ngwengwe_1

Oeuvre Ngwengwe Malagatana