Lorsqu'aux soirs de Sabbat monte ta lune noire
et que mon vent se lève à l'appel de tes mers,
tes cantiques de feu chassent mes chants amers:
 
Tes parfums transparents flottent dans ma mémoire,
je capte tes pollens, et tes mille chemins
résument ton miracle au vol blanc de tes mains...
Mon rêve prend naissance au berceau de tes hanches:
nos corps sont amoureux car nos cœurs sont amants,
ma sève se confond en tes ruissellements,
ton cri nous redessine en mauves avalanches...
La blessure du temps d'où ton sang s'écoulait
retrouve entre mes doigts son goût tiède de lait...
Mes mains ont la ferveur forte de ta prière,
ma bouche ta saveur et mes sens ton parfum...
Mon délire et le tien à l'aube ne font qu'un:
aux berges de tes yeux se love ma rivière,
par mes mains dans tes mains, par mes yeux dans tes yeux,
ton âme est dans mon âme un chant mélodieux,
tu berces ma brûlure en tes battements d'aile,
en vagues de soleil tu viens et tu repars,
tu sèmes ta lumière en mes chagrins épars,
longtemps après, ma nuit ne se souvient que d'elle...
 
Et lorsqu'au matin gris éclatent les rumeurs
de ce fleuve de boue où, chaque jour, tu meurs,
je retourne au chantier que le doute désœuvre.
Là, pour dire ton nom à ce monde à l'envers,
ton nom qui fait frémir et rimer tous mes vers,
je puise en ta beauté la force de mon chef-d'œuvre.
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VITAL HEURTEBISE
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andreas_heumann
Photographie Andréas Heumann