Liban terre et sang sans pitié cendres sur nous entre montagnes et mer la plaine Méditerranée coulée du Lîtâni vasques-miroirs sous la nue les yeux des femmes leurs voix humides alentours convoitises insensées démences

Années de feu et d’outrages les hordes du ciel fer mitraille éclats noirs furie fauve assauts sièges soutenus carnages sans âge explosions oreilles sourdes débâcles invasions capture aucune rémission massacres tueries incandescences les déflagrations affolent les rues embrasées crevées poignardées expéditions punitives partisans guérillas razzias et pillages table rase routes déroutes sur le qui vive en alerte marche jusqu’à la corde défaites fuyards et transfuges dans l’étuve de midi balles perdues embuscades on cogne vae victis.

Beyrouth sonne comme un coup de tonnerre autrefois Berytos sœur de Tyr et de Sidon Saïda Baalbek des noms traînent dans l’arrière-pays la mémoire chanteuse abritée sous les palmes l’ombre vive et l’ambre parfums de nuit jardins de roses et de jasmin on ne peut plus se laisser griser dans les senteurs du soir leur saveur cyprès encens gâteaux de miel le ruissellement de la harpe au bord de la nuit.

Territoires occupés vigies et meurtrières oliviers tranchés maisons dévastées survis si tu as des yeux dans le dos espions rage de vivre envers et contre tout où déposerons-nous le maigre bagage on en rêve des enfants errent hagards parmi les ruines des femmes harassées chancellent et s’abattent un homme crie aux chiens on aveugle le regard ingénu qui osait voir une main se fait bâillon sur la bouche indignée pitié pour nous agneaux menés à l’abattoir clandestins du jour l’exil sans mesure le désert silex l’obscur comme les amandiers les cèdres sont morts de leurs blessures le santal embaumera-il encore

Terre foulée piétinée écartelée l’eau saigne Liban secoué de frissons fureur et tremblements territoire métis pluriel ouvert les bras tendus chargés d’offrandes on croyait on espérait le psaume du matin rejoignait l’appel du muezzin et puis la nuit sans ambages a recouvert le monde panique calcinée mains tordues dans les ténèbres damnées de la terre noire terre sang

Une rumeur de fête sans vainqueur ni vaincu Tu remets tes pas dans les pas anciens Une lampe hèlerait plus loin Chants par la montagne réconciliée et frémissement des pointes d’herbe L’émeute enjouée du vert Sous le soleil haut la plaine immense soudain fleurie Ris enfin dans l’ondulation des moissons Une main essuie la dernière larme Harpes et tambourins La paix ensemence l’espoir

.

COLETTE NYS-MAZURE

.

FATIMA_EL_HAJJ_2

Oeuvre Fatima Al Haajj