En approchant, je vois une petite troupe d'hommes et de femmes égaillée dans les vignes. Installé non loin d'eux sur le bord du chemin, je m'apprête à casser la croûte. Rien d'autre, en effet, qu'un morceau de pain assez sec dans la musette qui me sert de garde manger. Baste ! Un peu d'eau fraîche le fera passer.
          Mais du groupe des vendangeurs se détache une petite fille. Ecartant parfois de sa menotte brune les cheveux qui lui retombent sur le front, elle s'avance à travers les ceps chargés de grappes, et, quand elle est parvenue au talus qui me fait face, j'entends sa voix claire s'élever dans le grand silence de midi : Una grappa d'uvas... Chargée de cette commission qu'elle accomplit sans timidité, l'innocente m'offre des raisins, tandis que sa famille la regarde et sourit. Una grappa d'uvas... J'entendrai toujours, tant que je vive, ces trois mots tomber comme trois notes d'argent dans l'azur liquéfié de midi.

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ANDRE MABILLE DE PONCHEVILLE

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Oeuvre William Bouguereau