Me voici de nouveau dans le non-amour sans espace
avec mon amour qui dévale tel le chevreuil atteint
et comme la marée se retire pour la dernière fois
avec ma vie incertaine et dépaysée de terrain vague
avec mon corps en cendres et mes yeux en dedans
ô amour, fille, avec encore un peu de ta chaleur dorée
le vent m’emporte dans les souffles de nulle part

Et plus tard dans cette rue où je m’égare
éparpillé dans mes gestes et brouillé dans mon être
tombant et me soulevant dans l’âme
toute la pluie se rassemble sur mes épaules
la tristesse du monde luit très lasse et très basse
mais toi passion des hautes flammes dans mes genoux
tu me ravages comme les tourmentes des forêts rageuses
et parfois je me traîne et parfois je rafale…

Même dans l’en-dehors du temps de l’amour
dans l’après-mémoire des corps et du cœur
je ne suis revenu ni de tout ni de rien
je n’ai pas peur de pleurer en d’autres fois
je suis un homme irrigué, irriguant
de nouveau je m’avance vers toi, amour,
     je te demande
passage, amour je te demande demeure

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GASTON MIRON

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