Qui a entendu
Qui a appelé
Qui a appelé qui
Ou simplement a tendu l’oreille au fond de l’inconnu
Qui est venu de l’invisible, de l’inévitable entre l’un et l’autre
Qui revient maintenant dans sa peur semer le goût d’ailleurs, étendre la joie à son ultime
A pris le verbe l’a tendu au silence, a écouté la résonance avec l’être là de deux
A articulé le sens du pari de vivre, du risque de la cruauté
S’est désiré entièrement libre d’aimer
Personne n’a ordonné que ce fut
Personne ne pouvait non plus s’y opposer, y faire obstacle y compris en l’acceptant du bout de
l’âme
s’est imposée soudain solitairement l’invention d’une nécessité pour tous
nécessité d’une rencontre par tous les termes de l’échange
Pour soutenir le tracer d’utopie en ce monde
Nécessité d’une liaison pour se séparer enfin de l’indécis
Du provisoir
De l’indifférent
De l’inconséquent
De la nappe confuse
Qui cache l’un à l’autre
L’oiseau à la branche
Le cheval à la grève
La mer à ses fonds admirés d’horizon
L’éternel à son scribe
La beauté à son épreuve
Pour rencontrer
Il faut rompre
Savoir défier le familier
Venir dans la séparation entre l’un et son double
Inscrire l’invisible serment contre l’illisible promesse
Venir dire
Chuchoter à l’oreille
Ecrire sur la table du banquet
Que la pluie tombe par éclairs
Sans blesser les fleurs
Qu’il pleure sur la ville, sur les massacres sur les misères
Comme sur les déserts et les fêtes
Une immémoriale splendeur
Eprouvée de l’être en chacun
Que prononcer qui ne soit déjà dit, toujours en attente
Du chemin à nul autre pareil
Pour que se suivent l’un l’autre
Dans le tracé des dieux
Il est temps de s’éloigner du cours
Amoindri des choses
De saisir l’instant de solitude
Qui écrit nouvellement le jour
Dans l’entièreté de chacun à lui-même
Face aux autres
Le rêve d’être ensemble sépare les amants
de la confusion de l’in-dit , du dire lointain
du silence complice
de l’aveu complaisant
de l’oubli consentant
chacun est l’autre en ce qu’il est un
dans ce « et » qui est leur devenir
ce lien tranche une saison de l’homme
contre l’homme d’une saison d’amour ou de haine
rien ne les fait l’un pour l’autre
rien ne les oblige
tout les dicte
il se nécessite une irréductible rupture
avec la destination
Ils ne s’orientent plus, ne cherchent plus de repères
N’ont plus d’auteur
plus de génie de leur création
qui dicterait le pas, le geste, le signe vers l’autre
ils sont l’écart qui les lie
à leur passion
l’un de l’autre
sans doute
il n’y aura pas de guerre
il n’y aura pas de torture
il n’y aura pas d’alibi
pas de peine
de peur
de menace
de sort
pas de pouvoir
à l’aube de ce qui s’écrit là
dans l’urgence de décider pour l’époque
la naissance de géants de l’amour
nouveaux ancêtres fleuris du jour
entre deux
l’irréductible éveil de l’oeuvre
de l’écart
qui a décidé quoi
qui s’est pris dans l’échappée de ce lien
cette élection
ce choix intarissable
la terre se fait empreinte
de l’instant électif
nous voici séparés de l’individuel
pour connaître la place des multitudes
elle et lui
lui et elle
antique espoir
de mille et deux
dans les yeux d’histoire rompue
répétée à l’identique
mille et deux visages de la nécessité
d’être entièrement seuls
dans le dédale d’être ensemble
par la ferveur commune
qui embrase
poursuit sans cesse
un et un et un et un
et une et autre
à chaque cime
du lieu
d’Être
maintenant

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PHILIPPE TANCELIN

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Caroline Ortoli