Mes chères hirondelles,

Peu importe que le monde soit en guerre ou en paix, vous vous êtes les mêmes et aujourd’hui c’est vous qui m’évoquez ici celles de là-bas.
Vous montrez que le ciel est une feuille sur laquelle penser, sur laquelle écrire, page éternelle pour la pensée.
Tant que vous flotterez dans le bleu c’est que nous flottons à l’abri des naufrages, bretelles des profondeurs de la terre.
Vous peignez l’air, vous lui faites des accroche-cœurs comme des coiffeuses romantiques.
Vous êtes comme les numéros échappés d’une grande tombola où beaucoup ignorent qu’ils ont gagné, la tombola de vivre en criant ″Hirondelles ! "et en vous voyant comme la chance d’avoir participé.
Quand je vous regarde, je pense que je ne devrais pas dormir pour aimer plus et mieux, pour savoir si l’on m’oublie dans le puits possible de l’infidélité. Vous m’apprenez à veiller, à distinguer ce qui se passe ici-bas, et vous vous jouez des mauvaises pensées, et vous vous amusez gratuitement avec des cris d’allégresse.
Votre mission n’est pas celle des oisillons ou des oiseaux et vous êtes plutôt des employés aux écritures en vacances qui copient la poésie du grand poète, comme des copistes consommés, plaçant votre motif entre deux sonnets du ciel, sonnets nuages qui passent comme dans un récital.
″Le jour n’a pas d’histoire″, articulez-vous de vos sifflements et de vos vols.
Je vous écoute comme si vous écriviez une suite de pensées, les unes plus brèves que d’autres, toutes heureuses et soupçonneuses.
L’hirondelle est une roublardise de la pensée sidérale parmi les hortensias célestes.
Vous corrigez les errata de nos pensées et surtout vous ne voulez pas que nous pensions comptes ni costumes vieux ou neufs.
Vous démêlez, là-haut, les fils emmêlés de l’idéation, et vous nous faites penser à un ruisseau où flottent des brindilles.
Vous ne jouez pas à faire des manifestations politiques mais simplement et innocemment à un cache-cache en masse, à crier et voler comme dans un baptême ou une noce.
Pendant que je vous écris mes lettres je pense à votre manière de mettre le feu à l’inquiétude, en lui brûlant la crinière de vos zigzags.
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RAMON GOMEZ DE LA SERNA

Traduction Jacques Ancet

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Oeuvre Niao-xy-Yanzi