Pour Maria Teresa Leon

 

La terre n'est pas ronde;

c'est une cour carrée

où les hommes tournent

sous un ciel d'acier

 

J'ai rêvé que  le monde était

un spectacle tout rond

entouré par le ciel,

des villes, des campagnes

en paix, du blé et des baisers,

des rivières, des montagnes

et de vastes mers où voguent

des coeurs et des bateaux.

Mais le monde est une cour.

Une cour où les hommes

sans espace, tournent fou.

 

Parfois, quand je monte

à ma fenêtre, je palpe

de mes yeux la vie

de lumière dont je rêve toujours.

Et je me dis alors :" Le monde

est plus qu'une cour

et ces dalles terribles,

qui consument mes jours."

J'entends des collines libres,

des voix dans les peupliers,

la parole bleue du fleuve

qui ceind mon échafaud.

" C'est la vie " disent-ils,

les arômes,le chant

rouge des chardonnerets,

la musique dans le verre

blanc et bleu du jour.

Le rire d'un jeune homme....

 

Mais je rêve éveillé :

ma grille est la paroi

d'un rêve qui donne sur les champs.

Je m'éveille et tout déjà

- hors du sommeil - est une cour.

Une cour où les hommes

sans espace, tournent fou.

 

Tant de siècles déjà

d'être né emmuré

j'ai oublié le monde

et le chant de l'arbre,

la passion qui enflamme

les lèvres enamourées

les mains sans clous

et les portes sans clés !

Je crois que tout déjà

- hors du rêve - est une cour.

 

Une cour sous un ciel

de fosse, déchiré,

que les murs et les parafoudres

ont cerné et poignardé.

 

Même le rêve a oublié

l'ancienne liberté des jours.

Tout, tout, tout déjà

- même en rêve - est une cour

Une cour où tourne

mon coeur cloué,

mon coeur nu,

mon coeur hurlant,

mon coeur qui a

la forme grise d'une cour.

 

Une cour où tournent

les hommes sans repos.

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MARCOS ANA

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presosmarcosana

Oeuvre Vincent Van Gogh