Seul le baiser pour muselière
Pour le silence du poème
j’exige les baisers
unique et mienne muselière
j’attends le vent
encore le vent
pour que derrière des éventails
puissent me sourire
des femmes
édentées
Je pointe l’index sur ma terre
qui va lancer la première pierre
il y a tant de villes à construire
de vils pays
croupissant dans la rouille
Pour avoir arraché
mes propres yeux
et les avoir lancés contre le soleil
j’ai connu d’étincelants aveuglements
et des voyances au plus clair
des lunes
absentes
…et depuis…
je connais l’image de la douleur
je sais même la nommer
ce trou de petit pays
cette femme sage
en posture d’enfantement
j’ai la bouche
qui bave trop sur ma plaie
une bouche d’enfant de famine
fureteur
tuant le temps
à compter ses côtes flottantes
mon peuple en bras de chemise
dans la glue
des vingt-sept mille kilomètres de tourmente

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JAMES NOËL

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Photographie Jan Grarup