Et les ténèbres se sont ouvertes une nouvelle fois, et ont dévoilé un corps :

 

tes cheveux, épais automne, chute d'eau solaire,

ta bouche et la blanche discipline

de ses dents cannibales

prisonnières des marécages.

 

Ta peau de pain à peine doré

et tes yeux de sucre brûlé

sites où le temps n'a pas de cours,

vallées que seules mes lèvres connaissent

défilé de la lune qui qui monte vers ta gorge depuis tes seins

cascade pétrifiée de ta nuque

haut plateau de ton ventre,

plage sans fin de ton flanc

 

Tes yeux sont les yeux fixes du tigre

et une minute après

ce sont les yeux humides du chien

 

ton dos s'écoule tranquille sous mes yeux

comme le dos du fleuve à la lueur de l'incendie.

 

Des eaux endormies sculptent jour et nuit

   ta taille d'argile

 

et sur tes flancs immenses comme les

sables de la lune,

le vent souffle par ma bouche

et sa large plainte couvre de ses deux ailes grises

la nuit des corps

telle l'ombre de l'aigle sur la solitude du désert

 

Les ongles de tes doigts de pied sont faits du cristal de printemps.

 

(...)

 

Patrie de sang,

Unique terre que je connaisse, qui me connaisse,

unique patrie en laquelle je crois,

Unique porte vers l'infini.

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OCTAVIO PAZ

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