Chaque jour est le dernier

dans l’étonnement de la touffeur matinale,

des fraîches voix : et à quoi sert

d’être clair, au-dedans de soi-même, pour l’éprouver

dans l’extension complète de son temps

si l’heure de la vie est toujours la dernière ?

L’avoir trop éprouvée, et ainsi

consommée : voilà pourquoi je vis dans le miracle

de la voir encore intacte. Personne

ne sait plus que moi la goûter avec autant d’enfantin

et féminin abandon, mais personne

ne ressent plus que moi cette joie vierge

comme un sacrilège.

 

 

Ogni giorno è l’ultimo

nello stupore dell’afa mattutina,

delle fresche voci : e a cosa importa

essere chiari, dentro, per soffrirla

nella intera estentione del suo tempo

se l’ora della vita è sempre l’ultima ?

L’averla troppo sofferta, e quindi

consumata : ecco perché vivo nel miracolo

di vederla ancora intatta. Nessuno

sa più di me goderla con tanto infantile

e femminile abbandono, ma nessuno

sente più di me quella vergine gioia

come un sacrilegio.

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PIER PAOLO PASOLINI

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