Après qu’une députée ait posé une question orale au Ministre istiqlalien de l’Education Nationale –Ministre qui ne connaît évidemment pas la première langue de son pays- au sujet de l’enseignement de la langue amazighe, le Parlement marocain vient de prendre une décision incompréhensible : l’interdiction pure et simple aux députés de parler la langue amazighe au Parlement d’un pays où plus de 70% de la population parle cette langue qui, de surcroît, est officielle dans la nouvelle constitution de 2011.

Le prétexte invoqué est que cette officialisation est conditionnée par le vote de lois organiques au Parlement. Des lois organiques qui permettraient l’introduction de la logistique de traduction. Sauf que cet argument est fallacieux, les lois organiques concernent la langue amazighe écrite, alors que le problème posé est d’ordre oral. A-t-on besoin d’une loi organique ou pas pour permettre à un amazigh qui ne parle que sa langue maternelle, d’exprimer ses doléances, ou tout au moins, de comprendre ce qui se dit et qui le concerne ? C’est le cas de millions de citoyens amazighs qui ont affaire aux  administrations publiques, aux tribunaux, aux hôpitaux, etc…Doit-on attendre les lois organiques pour mettre aux bureaux d’accueil et de renseignement des usagers des services publics des personnes qui parlent et comprennent la langue amazighe, en plus de l’arabe et du français ? Ce qui est incroyable, c’est qu’on ne l’ait pas fait depuis longtemps ! Ce qui est intolérable, c’est que cette situation continue encore.

On le voit, cette interdiction de poser des questions orales en langue amazighe au Parlement (questions remises d’ailleurs par écrit en arabe) n’a rien à voir avec une question de lois, mais avec une mentalité apparthéidiste qui sévit à tous les niveaux des institutions de l’Etat marocain depuis 1956. Lorsqu’on avait imposé la langue arabe comme langue officielle sans consultation populaire, avait-on soumis son application à des lois organiques ?

Décidemment, les tenants de l’arabisme cherchent la confrontation avec les amazighs, et endossent la responsabilité des conséquences de leurs actes qui ne peuvent avoir de nom que coloniaux. Mais de quel droit peut-on interdire à des députés, aux citoyens autochtones de ce pays de parler leur langue, dans la rue ou au Parlement ? On nous a toujours rétroqué, au sujet de la question amazighe, que les amazighs sont au Parlement, au Gouvernement et à tous les niveaux des institutions. Mais alors où sont-ils ces amazighs dont on parle ? Pourquoi ne protestent-ils pas contre ce fait sans précédent ? Pourquoi ne démissionnent-ils pas TOUT SIMPLEMENT?

En fait, c’est bien connu : le pire ennemi de l’éléphant sauvage, c’est bien l’éléphant apprivoisé ! Au Maroc, l’éléphant apprivoisé est appelé « amazigh de service ». Ce sont « imazighen n serbis » qui, depuis le complot d’Aix-Les-Bains, permettent aux tenant de l’arabisation de la société amazighe du Maroc, de faire passer leur politique culturelle génocidaire. Cela pose la question cruciale : qu’est-ce que « être amazigh aujourd’hui au Maroc » ?

On le savait depuis l’officialisation discriminatoire de la langue amazighe : dans l’esprit de ceux qui ont accouché de cette constitution, la condition de lois organiques faite à cette officialisation avait pour objectif de gagner quelques années de plus pour l’arabisation enclenchée par l’Istiqlal et consorts depuis que la France leur a permis la main mise sur le destin de ce pays.  Imazighen n’ont pas encore obtenu leur « istiqlal » du « parti de l’istiqlal ».

Aux imazighen de tirer les leçons qui s’imposent de cette situation inacceptable. Plus que jamais, le Mouvement Amazigh dans toutes ses composantes est interpellé : que faire devant tant d’humiliations répétées ? Certainement une seule chose : l’unité dans l’action pour faire respecter nos droits, pour forcer notre respect tout court.

La manifestation de Casablanca a démontré qu’imazighen, surtout la jeunesse, peuvent mieux s’organiser et se faire entendre. Alors préparons ensemble la prochaine Tawada afin qu’elle soit plus grande encore, mieux organisée et disciplinée encore.

 

ALI KHADAOUI

Kénitra le 08-05-2012

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