Elle n’était que grandeur,
Appartenance à l'aujourd'hui,
Avait une parenté avec tous les horizons ouverts,
Et comme elle comprenait bien le ton de l'eau et de la terre !

Sa voix
Évoquait la confuse langueur de la réalité.
Ses paupières
Nous ont indiqué où prendre le pouls des éléments.
Ses mains
Ont feuilleté l'air pur de la générosité
Et rabattu vers nous la tendresse.

Elle était à l'image de son repliement
Et elle a commenté pour le miroir
Les plus amoureuses courbes de son heure.
Elle était, à la façon de la pluie, riche de la fraîcheur des répétitions
Et elle se propageait à la manière de l'arbre
Dans le bien-être de la lumière.
Elle appelait toujours l'enfance du vent,
Elle nouait toujours le fil de la conversation
À la clenche de l'eau.
Une nuit, pour nous,
Elle a si crûment formulé
La verte prosternation de l'amour
Que nous avons effleuré l'affection de la terre
Et sommes devenus aussi frais que le parler d'un seau d'eau.

Et que de fois l’avons-nous vue
Prendre ô combien de paniers
Pour aller à la cueillette d'une grappe de bonne nouvelle !

Mais il n'est point advenu
Qu'elle s'assoie face à l'évidence des colombes
Et elle s'en est allée au bord du rien,
S'est allongée derrière la patience des lumières,
Et n'a en rien pensé
Que dans l’échevelée scansion des portes, nous,
Pour manger une pomme,
Nous resterions si seuls.

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SOHRÂB SEPEHRI

* Ce poème a été composé en hommage à la poétesse iranienne Forough Farrokhzâd (1935-1967).

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FOROUGHT

Forough Farrokhzâd