Je rends grâce à ce qui déroute, fausse les compas, arrête la montre.
Au grain de sel ou de ciel dans l’engrenage froid des journées.
Aux accès de fièvre qui affûtent les nerfs, aux impromptus du doute, aux coups de blues.
Aux renvois lyriques des révoltes assagies, aux crises de foi,
   comme à ces états d’âme tellement décriés sans lesquels un homme ne serait jamais
qu’une raclure de bidet.

 

(…)

 

Je rends grâce à qui se cabre,
   certain pourtant que le cimetière sauvage de l’humus le réconciliera un jour avec la terre.
Aux bêtes que nous sommes et dont la vie se sert, aux hommes que nous devenons en grattant la blessure.
A tous ceux qui, sachant qu’il est une même nuit derrière la parenthèse que devant,
   n’ont renoncé ni à user de l’outil, de la guitare ou de l’encre, ni à soigner les corps,  

ni à planter des arbres.

 

(…)

 

Je rends grâce au poète en nous qu’une simple vague fascine,
à cette part résiduelle qui nous ressemble encore au bout de nos fatigues et des journées perdues,
à cette part que nous voudrions croire aussi irréductible qu’elle est rebelle aux injonctions des modes,
   rétive aux rêves qu’on affrète pour nous perdre
et qui nous fait chercher des mots pour tenter dans la foule
   d’aller réveiller en chacun le poète qui s’est tu.

 .

MICHEL BAGLIN

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KIRL

Oeuvre Kirl