O Enfance ! ô maison penchée de la solitude !
O saison de la guêpe prodigue !
La vierge folle de l'été
Chante dans la chaleur.

Nous suivrons les troupeaux aux lieux abandonnés :
Là‑bas, dans l'ombre du nuage, au pied de la tour,
Le romarin conseille de dormir ; et rien n'est beau
Comme l'enfant de la brebis couleur de jour.

Un grave et pur nuage est venu d'un royaume obscur,
Un silence d'enfance est tombé sur l'or de midi.
L'ortie ensommeillée courbe la tête
Sous sa belle couronne de reine de Judée.

Le temps est venu, pour nous, d'aimer
La couleur des baies qui pendent dans l'ombre.
Le loriot chante dans l'allée la plus secrète.
Il nous attend dans la rosée de la solitude.

Depuis longtemps mon cœur a perdu le sommeil ;
Maintenant, je pourrai dormir.
Car cette poussière est ma mère, ces pierres sont mes sœurs
Et j'entends le bourdon strié, vieux sonneur ailé des jours innocents.

O Enfance ! Midi a soufflé sur la haie en fleur.
Le jeune poisson bleu joue avec le vent clair,
L'Écho a joint ses mains d'écorce sur sa bouche,
Il nous appelle. Et la forêt est vêtue de candeur.

Fleurs, premières fleurs blanches dans le silence des montagnes !
Le pleur de l'équinoxe est tombé
Sur le triste cœur de votre mère la neige
Et vous voici dans ce silence, pensées d'amour !

Pourquoi, mon cœur, sommes‑nous allés vers ceux‑là
Qui mesurent le pas de la lune
Et pèsent le fardeau de l'abeille ? il fallait
Vivre ici, où la sagesse de l'agneau broute à genoux.

L'enfant ne venait pas à moi,
Mon ombre faisait peur aux enfants

Et moi, moi
J'avais cette folie de me croire sage
 
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OSCAR  MILOSZ
 
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MILA2