.. offrir sur la vitre
la première buée. Tu rêverais
uniquement d'être ici en avril,
tu n'esquisserais que les initiales
des prénoms que tu aimes, et toujours
ce serait, venant vers toi,
le vent pur, les nuages, l'écume...

... offrir un peu d'eau
qui croupit au bas des trottoirs.
A peine entre les mains
tu ne dirais plus qu'elle est sale,
tu t'en laverais le visage,
tu écouterais à l'instant
ce bruit de source où le ciel se découvre...

... offrir un papier
froissé, jeté. L'origine perdue, les lettres
devenues grises, l'encre et la pluie
mélangées à la terre, chaque ligne,
chaque tache, tu les déchiffrerais,
tu les rendrais arborescentes,
tu en ferais le début d'un poème...

... offrir une graine
tombée de l'érable, écrasée.
Tu la tiendrais au bout des doigts,
il te viendrait un souffle
déjà pour disjoindre tes lèvres
en épelant le mot « samare »
et partir, partir très loin avec elle...

... offrir un fragment
d'écorce, quel que soit l'arbre,
mais de préférence un bouleau,
la plus fragile. Sans cesse,
en le pressant, tu ranimerais le regard,
tu sentirais en plein essor
le tronc clair qui frémit...

... offrir un caillou
que tu ne prends que pour le reposer
dans le lit du torrent. Tu saurais bien
quelle est ta place à genoux sur la rive,
la sienne aussi entre tant d'autres
au milieu des remous, toi silencieux,
lui lumineux ensemble...

…offrir dans le sable
ces empreintes d'oiseaux
que la brise interprète en effaçant.
Tu ne pèserais plus,
sans savoir où, te saisirait
le claquement d'une aile,
tu ruissellerais sous la vague...

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PIERRE DHAINAUT

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oiseau