pendant que tu respires

je m’entoure de créneaux et de pervenches

d’enfance ingrate et de soieries

de tout ce qui permet de te surprendre

dans la rue basse où ton souffle se coupe

 

pendant que tu respires

je m’entoure de précautions glissantes

et de haies primesautières

et d’amertume ensoleillée

je m’entoure de tout ce qui simule la séparation

et ne fait que simuler

 

pendant que tu respires

je brouille tes prénoms possibles

aux doigts vacants des cascades

je te disperse de bon matin

je dilapide ton bien avant qu’il ne se forme

sur les places des villages désuets

dans les serres attardées de l’anémie

et tout là-bas,

en des pays profanes dont la paresse

longe de près la courbe de ton épaule

et tout ici,

à l’heure où l’esplanade

et la promesse ne font qu’un

je dilapide ton bien

je m’appuie sans réserve au garde fou de ton souffle

qu’il s’interrompe ou s’élance

qu’il me désigne ou m’ignore

et il me semble que pour la première fois

ma dépendance et ma liberté

se toisent sans se haïr

(...)

qui a dit que la nuit était noire

la nuit est derrière nous

et tu dors par mégarde

à travers les signes

qui s’ébauchent dans l’air

et qui n’attendent qu’un signe de toi

pour brûler les hommes

comme on brûle une station périmée

mais rien de tel n’aura lieu

pendant que tu respires

rien de tel n’aura lieu

aucun défaut n’est à la taille

de ton armure

de l’armure de beau temps

où ton sommeil s’exalte

rien de tel n’aura lieu.

.

GEORGES HENEIN

.

O2

Photographie Philippe Pache