Aux victimes du tyran en Syrie



Un coucher de soleil froid
sur le seuil d’un jour vibrant
le ciel ensanglanté
comme un nuage épais qui s’effrite à l’infini
et la crainte de mon propre destin

Devenir un arbre
ma tête à la renverse
et l’horizon des hommes là-bas

La lumière dans mon crâne comme un souffle
accent sur mon visage

Je me suis enfin échappé
et le rien ballotte au bord de mon matin
morceau de lune

Dans ma cellule étroite
chaque nuit
l’Euphrate me rend visite
Il y glisse délibérément
un écho de l’enfance

Sa voix pénètre le bruit de l’eau profonde
comme une lamentation
ainsi que l’innocence du jour orphelin
et ce frisson sublime

Je suis un détenu pour moi-même
mémoire dans cette cellule

Soudain je déplie ma voix
et une lourde obscurité
de gorge fracturée
emplie de mots coagulés
perle de ma bouche

Entre l’éveil et les sacrifiés de la Syrie
le silence des lâches et les saisons abasourdies
saisissent mon cœur
Leurs coups pleuvent sur mon visage
je les vois en rêve
Ils laissent des traces de sang le long de mon matin
et des chevaux coupés au jarret
peints sur la face du jour
Je suis un accusé
ligoté dans l’arène de ce monde
face à des questions sans lendemain

Et voici mon exil
Il reçoit votre révolte
Et le ciel
un témoin
suspendu au-dessus de ma tête
creuse loin dans le temps

Je crains la panique de l’âge
ainsi que l’humiliation de la rivière
le mystère
et l’ailleurs qui meurt au pied du mur

J’étais dans le sommeil. Je voyais les veines de vos morts toucher mon visage, ma poitrine, mon dos, mes jambes et mes bras. Alors, calmement, j’ai compté ces vaisseaux qui pénètrent la peau et la pensée, et vont s’écraser finalement contre un rêve

Rêve fossoyeur
odeur d’herbe fraîche autour de mes sueurs froides
épine d’un souvenir informe
dans une obscurité polie

Ne faut-il pas se réveiller en sursaut
pour ôter l’épée du corps du sacrifié ?

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SALAH AL HAMDANI

Le 11 Novembre 2011

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