Pour se faire francs en propos, les hommes ont ajouté à leurs discours ceux qu’ils s’adressaient à voix basses. Ils nous ont avoué tout ce qu’ils savaient d’eux. La vérité n’y a pas beaucoup gagné, l’existence de l’homme était continuellement fortifiée par la faculté qu’il a de se tromper lui-même. La pensée de l’homme n’est pas le produit mais le complément de son être, dans le présent comme dans le passé, elle draine des apparences, et, grâce au langage, anticipe sur celui que nous serons.

 

La parole anticipe sur l’avenir : au nom de notre vie, ou au nom de notre personne. Il est absurde de nous interroger par son intermédiaire quand elle est pleine d’une perfection à nous refusée et inaugure un monde dont nous ne sommes que le regret ou l’espoir.

 

Si le cœur bat plus haut quand ce qu’il ne voit pas change en image ce qu’il voit, qu’il s’émeuve d’un objet devenu la flamme de l’objet inattendu qui rayonnait à travers lui, c’est qu’il vient, un instant, de prendre sa vie dans nos lèvres, et d’inventer la parole avec nos yeux qui, à celles-ci donnent des ailes ; et cette joie lui offrait et lui cachait la vérité toute proche qui ne serait autre que l’indépendance du langage ; et son éloignement de nous quand le mot est aussi le ciel dont il est l’étoile filante.

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JOË BOUSQUET

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solitude