Ma faute serait de croire que ce que je possède m'appartient. Tout ce que je suis m'est donné dans un miroir et est bel et bien tel que je le vois, mais, seul réel, me force à ne toucher de lui qu'une image. C'est que la mort est en moi. Qu'elle m'emporte si je n'accepte pas de l'épouser. Quand je touche un objet, elle abrite mes regards de la main pour me permettre de le voir.

 

L'être est indivisible. A prétendre qu'un être est, on lui donne pour contenu tout ce dont on conçoit l'existence. Mais comment dire cela de sang-froid. L'affirmation de ma pensée m'enveloppe de toute l'existence, introduit celle-ci dans une négation. Rien ne peut assurer l'existence d'un homme que ce rêve d'exister qui brûle dans ce qui n'existe pas. Toute parole n'est que son écho et vit la parole qui la dément. L'essence de la vie consciente est dramatique.

 

Aussi y a t-il une façon de dire les choses qui les détemporalise, referme sur ce qui se passe le cercle de ce qui est. Les faits n'absorbent la totalité de l'esprit qu'en la recevant pour sujet. Ne te tiens pas sur le seuil : entre la maison obscure où tes yeux brillent du feu qui te réconforte. La plénitude de l'être te fait scintiller dans le noir parce que tu fais ton unique pensée de ton ombre. Crois, le ciel est de la nuit voguant vers plus de nuit. Être n'est rien que croire. Sois, sois le salut de ce qui te brise; et la mort qui voudrait te saisir entrera dans la mort. Si tu t'échappais, l'éclair s'entourerait, pour te connaître, de la lumière qui couvrait le ciel, l'espace même te frapperait au front.

Que les douze heures de chaque soleillée se prennent pour une seule grande fille et qui mène le temps au lieu de lui céder.

 

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JOË BOUSQUET

 

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luisa gaye ayre

Oeuvre Luisa Gaye Ayre