Gardez pour moi un arbre seulement
le plus loin de vos routes
mon chemin passait ailleurs par les vergers d’étoiles
les transhumances des mains

Les lents balancements secrets des coquelicots
entre terre de sang et ciel affolé feront le reste
eux savaient pourtant

le monde mal recousu
gardez-le
d’un étage à l’autre je l’ai si mal parcouru
Je n’en ferai plus rien maintenant
le legs de mes étincelles fera juste un feu
quelques cendres contre l’oubli
ne les remuez plus
gardez-les
Sur le dos courbé du temps j’ai vacillé
tentant de faire du silence une très ancienne légende
avec la durée glissant entre les mains vides des absences
et moi toujours en suspension de mes poussières
érodé par le concret

je n’étais donc qu’une ombre passante qui parle
entre pierres sifflantes et inaccompli
nostalgie ouverte de part en part
ainsi j’ai avancé sur la mer et le désir
l’eau a coulé
le corps a fatigué
la nuit n’en finissait pas de mentir

des brumes d’enfance se lèvent encore
les cris des hirondelles seront là bien après moi
je n’ai toujours pas appris à voler
malgré la promesse des ailes d’un autre ciel
je n’aurai fait que semblant de partir
j’aurai juste tenté de devenir plus léger que la lumière
gardez-moi

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GIL PRESSNITZER

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brouillard 1