Quatrième de couverture

Slima est une prostituée marocaine. Son fils Jallal est très attaché à elle. Il l'aide à attraper les hommes, les clients, les soldats d'une base militaire. Il parle et se bat à sa place. Ensemble, ils découvrent à la télévision Marilyn Monroe, en tombent amoureux et en font leur déesse protectrice. Des années 80 à la fin des années 90, nous suivons leurs deux destins en parallèle, de la ville de Salé jusqu'au Caire, de Bruxelles à Casablanca. Purs et impurs, cette mère et son fils réinventent continuellement le sens profond de leur vie mouvementée et de leur attachement pour le Maroc, fait d'amour et de haine. Etape après étape, ils redécouvrent leur religion, l'islam, et la vivent d'une manière inédite. Ils iront jusqu'au bout de cette voie.

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Je m’appelle Jallal.
 Ma mère Slima, avant la nuit, juste au tout début de la nuit, m’a initié au mystère de cette femme en feu, en flammes. Une actrice. Un être seul. Nu. Entre la terre et le ciel. En voyage. Une prophétesse. Une poétesse. Une ignorante. Une inspirée. Une dévergondée entourée d’amour. Une comédienne qui se montre trop et cache l’essentiel, une âme pure, des larmes interminables. Elle vient d'Amérique. Mais elle n'est pas seulement américaine. Elle parle anglais et, dans mes oreilles, mon cœur, c’est comme si c’était de l’arabe.

  Je n’ai pas vu d’autres films avec elle.
  Cette nuit-là, pendant que "River of No Return" passait sur notre télévision, ma mère n’a pas arrêté une seule seconde de pleurer.
  Je comprenais cette identification. Il n’y a pas que le sang qui lie les êtres. Les âmes se rencontrent, se reconnaissent et se parlent même quand les mers, les océans les séparent. Elles dépassent ces barrières insignifiantes. Elles marchent sur les eaux. Volent au ciel. Discutent avec les prophètes. Récitent soudain, sans jamais les avoir appris auparavant, des poèmes sacrés, soufis, écrits il y a des siècles et des siècles. Psalmodient le Coran, la Bible et Les Mille et Une Nuits.
  Les âmes se regardent. Elles sont une.
  Ma mère, cette nuit-là, s’appelait Marilyn. Elle était mécréante comme elle. Malheureuse comme elle. Une pute. Une servante. Une déesse. Elle se cachait. "River of No Return" me révélait ma mère autrement. Elle n’était pas seulement ma mère. Elle n’était pas qu’à moi. Elle était la mère des autres aussi. La mère, la sœur jumelle de Marilyn.
  Le cinéma a été inventé pour cela. Nous faire voir nos mère sous un nouveau jour. Les avoir pour toujours. Les partager sans aucune réticence. Sans aucune jalousie.
  Je m’appelle Jallal.

  Je suis le fils de Marilyn Monroe.

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ABDELLAH TAÏA

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MARYLIN 5

Montage