J’ai pris un coup de lune

à force de veiller la naissance de l’aube

Les criquets scient le calme

de leur voix de fer-blanc

Un saxophone joue dans ma tête un air ancien

et les écailles de la mémoire

s’emboîtent et se rassemblent

 

Nous sommes les Araignées du soir

et nous tissons l’espoir avec le bleu du ciel

et le suc de nos mots

Sur les rayons de l’aube

nous secrétons un fil incassable et ténu

bleuté comme l’acier

car passé est le temps où nous filions la peur

 

Nous sommes les Araignées du soir

dévidant notre folle flamme

Le feu longtemps a hésité

sur l’humidité des brindilles

et longtemps en solo ont joué les ruisseaux

leur partie d’affluents

mais nous sommes arrivés

à cette époque d’avant la ponte

où les sources fatiguées d’enfanter des galets

rêvent d’herbes aromatiques

et de poissons zébrés d'argent !

 

Voici que dans cette heure

qui n’appartient plus à la nuit

chaque cellule de ma terre

bouge de vie nouvelle

et sur les grands chemins menant au cœur

les hommes de mon pays

les poings durcis les pieds lavés

et les filles d’eau pure

aux yeux couleur de poudre de cannelle

d’une démarche lente et lourde

montent vers le mapou s’assembler

pour la veillée commune

 

Accourez jeunes gens

c’est le temps de la flamme plus haute et verticale !

Nos gestes ne sont plus d’emprunt

les plus belles paroles

nous appartiennent désormais

car les mots délavés ont repris leur couleur

La terre n’est plus molle où s’enfonçaient nos pas

et la croûte durcie

crisse sa joie de rythmer notre marche

 

Nous sommes les Araignées du soir

tissant la vie nouvelle

le cœur allumé aux dernières étoiles

et dans le matin neuf notre baguette de sourcier

montre la nappe souterraine

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ANTHONY PHELPS

 

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WILSON BIGAUD2

Oeuvre Wilson Bigaud