Au bord du temps, à l'endroit où il s'achève. Et l'on pourrait dire aussi bien au bout de l'éternité. Où, quoi qu'il arrive, on oublie la vie de chaque jour, l'ordinaire des jours. Et où l'homme, soudain, se regarde, avec des yeux neufs et comme vierges. Et se voit nu face au tout comme face au rien. En ce lieu où le rien devient le tout, et où le tout découvre qu'il n'est rien.

Lieu du vertige. Lieu de l'éclair qui soulève la vue. Mais dont demeure l'image du vide. De l'abîme. De la nuit sans limites. De l'absence de tout lendemain. Nul soleil au ras des collines pour nous apporter la clarté du matin.

Tout est égal. Tout est semblable dans un être sans visage. La seule chose que l'on devine, c'est que rien ne viendra arrêter le regard qui veut bien s'étendre droit devant lui. Pas un mur. Pas un nuage. Pas un astre. Seulement l'espace. Que l'on doit imaginer, puisque le regard ne peut s'accrocher à rien. Ni l'esprit. Pour bâtir, d'une ombre ou d'une lueur, le restant d'un monde tout entier. Rien.

Les vieux d'autrefois, près du feu, pouvaient penser que le monde était à l'image du leur. Des murs de pierre sèche montaient au-dessus des collines pour dessiner des champs et des jeunes vignes. Pour abriter du temps quelque cabane. Et les ornières creusées par les charrettes ornaient les allées du ciel jusqu'au trône de Dieu.

Il y avait mieux. Ils possédaient la paix de l'âme. L'assurance d'un monde qui ne serait que la suite du nôtre. Ils pouvaient ainsi, un jour, laisser glisser de leurs mains le pain et le couteau, la table lisse, et la chaise. Et ne se fier qu'à leur poids étendu sur un lit. Et, la joue légèrement penchée sur le drap, commencer à s'endormir entre les bras de leur attente. Et leur œil voyait, dans un ultime éclair, la lumière éternelle.

Au bord du temps…

.

MAX ROUQUETTE

.

 

Zao-Wou-Ki12

OeuvreZao Wou-Ki