« J’aurais aimé être chanteur. Je m’en serais allé par les chemins de mer, harpant, fablant. J’aurais ému l’arbre et la taverne. J’aurais fui les cités sourdes, les faubourgs de pluie. Rural harpeur, marins de rimes, aède. Tel était le bonheur de quelques-uns. Ah, lui, la dure flamme bleue de son regard, il allait, le chanteur, l’ami !
J’aurais marché dans le soleil de l’ajonc, et, trouvant le repos dans l’abri des dolmens, j’aurais imaginé ma vie, la chantant, l’enchantant. J’ai la tête pleine d’incantations. Elles stagnent. L’exécrable culture m’a trahi. On ne devrait rien enseigner que les vents de la mer, les saisons, les oraisons. La fabrique des intelligences débite des cerveaux pour l’esclavage économique. Les fourmis piétinent. Les chenilles se tordent. Nous construirons d’autres patries pour les seuils jubilants, nous construirons des sociétés bergères, paysannes, maritimes.
[ … ]
J’ai dans l’esprit des musiques incroyables, des légendes à faire bramer les biches, des poèmes déchirants. Je ne les dirai pas. Je
deviens avare. Je ne délivrerai pas mes trésors aux phalanges imbéciles. Je ferme mon domaine. Je fablerai dans la solitude. »

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XAVIER GRALL

 

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