Quand il connut sa vocation il comprit qu'il était poète, pour penser aussitôt qu'il n'avait plus l'âge de la poésie.

(….)

«  Je ne suis pas l'enfant, se dit-il, je suis le frère de ce qui est, je suis l'incarnation d'une fatalité dont la vie est la forme sensible... »

Le poète n'a pas d'âge; il naît...

Voix des mers dans une nuit si claire qu'il n'est de bonheur qu'en ce qui dit

souviens-toi !

Roucoulements dans le clair de lune dressé sur les pierres, face à l'étang, face à la mer plus loin, face aux yeux clairs du marin qui revient sur une chanson pendant que l'homme de barre se redit l'histoire du Meneur de lune. Voix des cloches, sur le village qui danse, il fait nuit, l'homme ne dormira pas encore; il vient de connaître qu'il est l'homme et né pour pousser le cri qui retentira avec la voix de la mer, avec le chant des lunes cachées derrière les grandes lames du ciel, avec le cri d'aigle du vent blessé par le feu du mât sur la mer qui souffre et scintille.

Il ne connaît pas encore son cri, il vient de comprendre qu'il est né pour le proférer, il sait qu'il est poète dans l'heure qui lui apprend qu'il doit mourir et que toute sa vie est la réalité même des endroits qu'il aime , pour n'en avoir été que la chanson.

(…)

Sa voix n'est qu'un souffle. «  Pour ton amour et pour toi, il n'est qu'un coeur... »

Crains le silence qui descend sur la rêverie. Mais prends garde aux grandes ailes d'argent qui sont les harpes d'une voix.

(…)

Associe à ton expérience d'homme tout ce que tu distrais de ton existence de revenant. Dis-le par tes yeux d'enfant qui sont la source de tes regards, ta vie est ton amour; par tes cicatrices et tes nausées, par ton coeur de voyou que les belles filles ont fait si grand pour les mieux bercer, et sur les bonheurs qui les avaient éloignées de toi; dis que la vie est l'ivresse des yeux, jure-le par les larmes, amour, ton bien le plus cher.

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JOË BOUSQUET

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Oeuvre Justyna Kopania