On dirait l'eau
Le rivage
Il ferait beau
On apercevrait les galets au fond du lit
Les pierres lisses rondes et dures
Et les jours noyés de larmes
On dirait
Le visage
Les lèvres blanches feraient silence
On promènerait une forme d'espoir
Entre le matin fatigué, l'insomnie
La nuit et sa tunique d'attente
On dirait qu'il va pleuvoir
Une pluie de larmes battrait les jours entiers
On chercherait dans la clarté
L’étincelle
Ou la plainte nue
Où l'espace dense
Ou l'odeur ténèbre
Ou la pierre dévastée
Ou le rêve tressé de lumière
Ou le cri à gorge déployée
Ou l'enfance
Ou l'instant perdu
Où la place nue
Où le sang veine à veine
Rêve à rêve
Écrasé de futur
Derrière la porte fermée
Quelqu’un parle
On se souvient de l'esquisse d'un geste
Qui échappe
On dit les mots embrassés de murmures
Et des mots enlacés de secrets
On dit ce qu'il reste des yeux, déjà le regard vide
On dit ce qu'il reste des mains, et le geste se perd
On dit ce qu'il reste d'amour et déjà rode la mort
On dit attends, il reste quelques jours
On maraude le temps
On dit tu te souviens ?
Tu te souviens ?
Oui
Je me souviens.

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PHILIPPE TANCELIN

Poème écrit à Philippe Tancelin lors du départ de sa sœur Geneviève Clancy

Extraits du dernier recueil Presqu’îles, poétique de la perte
Editions l’Harmattan, collection poètes des cinq continents, 2009

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FRATERNITE AMOUR