Dans les conjonctions heureuses des étoiles
Sous la croûte obscure de la langue
Près de la roche percée sur l’île,
On raconterait la beauté dans la nuit
Les mots défailleraient pour dire la rencontre du soleil et du rideau de pluie
La langue saignerait le silence de ses éclats
De ses désirs précipités, un jour de fête des mots
Le paysage et l'air auraient la substance même du bonheur, avec la vocation de l'amour
Un jour de comète éblouie,
On resterait muet, incapable de se déclarer, gauche et embarrassé de soi,
Si intime
On confierait le poème au vent, aux roseaux jaseurs, aux hirondelles rassemblées sur les fils électriques,
Dans le calice des fleurs ou sur la pierre.
On en parlerait à tout ce qui existe
On inventerait pour dire, ce qui n'existe pas : la fable du désir
De bouche en bouche, on la murmurerait à l’amant, on la réciterait comme un enfant avant de s’endormir
On garderait la main sur l'épaule pour y préserver l'amour,
On toucherait le merveilleux du bout de ses doigts.
On trouverait les passerelles du songe vers les plus hautes contrées
On irait vers la lumière
On allumerait une étoile, sans savoir où conduisent ses fils d'or
On éprouverait de la joie
On ferait en soi de la place pour quelque chose de très simple et de très doux,
On laisserait glisser sa tête contre l'épaule comme un enfant qui s'endort
On désarmerait la cruauté de l'histoire pour ouvrir une brèche à l'amour.
Personne sur la terre ne se rendrait compte que c’est arrivé
Peut-être rien ne serait changé
Sans bruit, cela ressemblerait à l’imprévisible aux lèvres désirables et dont le cœur bat juste
On traverserait la forêt en empruntant le chemin des écoliers
Jusqu’à croiser le souvenir d'un paradis furtif, les doigts tachées d'encre bleue
Ce serait la vie réelle et délicieuse
Qui reviendrait ensuite quand on serait seul
Ou avant de s'endormir
Ou quand on verrait la vie s'éloigner au large
On se souviendrait de l'amour, le temps de la vie la plus entière, la plus exacte
Quand il suffit de prendre et de se laisser prendre pour retrouver le désir, les gestes, les parfums, les mots
On patienterait sous la pluie pour sauver son âme, en scrutant les horloges,
On cueillerait les fleurs dans le jardin
On explorerait les coins de chambre les plus intimes
On revêtirait l’amour d'habits légers
On lui donnerait des noms,
On écrirait des phrases, les paumes tendues vers une ombre,
On se laisserait conduire par elle
On vivrait sans bavardages, pour ne penser qu'à l’Autre
On occuperait son absence par le soleil, les jours de pluie
On deviendrait transparent avec juste l'invisible palpitation de l'amour.


Entendre,
Dans l'haletant intervalle des répétitions
Ce cri asphyxié du silence

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NICOLE BARRIERE

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