De ce qui vient du fond de l’oreille, tu n’es pas responsable, ni de ce qui vient de l’horizon, mais tu l’es, pleinement, de leur charnière, le poème.

Les mots ne nous laissent pas seuls, n’en reste-t-il que quelques-uns. Tant d’usages n’ont pas atténué cette urgence de les réunir dans un poème, on sait de moins en moins pourquoi, réunir simplement.

Ces bouts de phrases que nous emmenons dans le sommeil, qui semblent gratuits, incompréhensibles, souvent le poème du matin en découle, presque sans heurts, il ne les explique pas, il les éclaire.

Quel que soit le poème, exprimerait-il une plainte, il nous réintègre en ce flux, le mouvement qui nous empêche de nous appartenir.

Nous ignorons, bien sûr, ce que sera le tout : pourtant, dès que s’esquisse un poème, il nous convoque, et si une syllabe est de trop ou trop faible, nous le pressentons.

Chaque poème dessine sa trajectoire, il ne le fera qu’en se ramifiant.

Poème, ce texte qui s’ébauche, comment ne pas lui imposer un nom ? Mais tu en dirais plus, tu le contraindrais, au lieu de le laisser dire, de l’aider à naître, à se libérer de tout nom.

Pourquoi serions-nous les premiers ? Le poème en nous arrachant à l’orgueil réalise ce miracle, reprendre un geste immémorial, en faire un geste fondateur.

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PIERRE DHAINAUT

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