Lorsqu'on sent rechercher, avant tout, une présence intime, juste, plénière au monde et à l'autre, à soi aussi, et à ce qui, comme au-dedans ou au revers, nous porte à l'être – comment écrire ?
      Tâcher, en poète, de dire l'intense rencontre vécue ou approchée en des moments privilégiés, avec ce qui l'a entourée, ses abords, ses échos, pour en préserver au moins une trace à retrouver et partager avec autrui, risque de faire éprouver l'impuissance du langage, ou, pire, son danger, et celui de vouloir saisir une expérience qui s'accomplit dans le silence et la dépossession. En exprimer le désir, et la douleur qu'elle ait pris fin, n'est peut-être guère plus favorable à son retour.
      Faut-il alors se taire, ou seulement la désigner, et – si l'on n'attend pas simplement un retour de la chance, ou de la grâce, mais qu'on essaye de se transformer pour moins lui faire obstacle, pour mieux la recevoir et plus durablement – se contenter de témoigner, en écrivant, d'un travail intérieur qui passe par d'autres voies ?
      Ou bien est-il possible, par un autre usage, de faire de l'écriture une des pratiques, parfois la principale, qui, peu à peu ou plus abruptement, nous ouvre à ce qui est ?

.

ELODIE MEUNIER

étude parue dans Arpa no 83,
Clermont-Ferrand, juin 2004

 

.

DECL