Comme tu reviens à me manquer
Frère O Frère qui de ta prison
De vingt ans Perpétuelle
Éminemment Providentielle
Brûlais ta vie en te consumant
Un cloître aux hallucinations au verdict
Sans appel de l'être collectif
Nous y aurons été assassinés
Tous les deux Loin de nous les vésanies
Mais je te garde là près de moi
Tel que j'aime à te panser
Et l'absence la réclusion
Ne sont rien tu le sais
Qui enfantent toujours
Nos songes et attisent
Les souvenirs les plus beaux
En se jouant de notre mort
Au sourire généreux qui n'est plus
A cette joie irradiant ton visage
Et qui témoignaient de l'amour
Des liens dépouillés des Justes
Tu me manques mon Frère
Et je te pleure comme tu priais
Pour moi pour eux pour les damnés
De la terre le pauvre et l'animal blessé
Je voudrais t'appeler encore te parler
Mais le Shéol est ainsi fait Marmoréen
Qu'on ne peut espérer l'écho de la compassion
Alors entre Toi et moi Fidèle pèlerin
Il ne nous reste plus que les vains mots
A nouer Nobles pensées que tu me dictes
De tout là-haut ou des flots esseulés
Que je croise et qui aiment souvent
A te cacher Sais-tu mon Frère
Combien j'aurais souhaité
T'emmener là-bas de l'autre côté
Une rive un port moite et l'espérance
L' Île vague qui dessine les saisons
Aime à danser comme tu l'imaginais
Au fil de l'eau pure et des nuages
Où tu n'aurais jamais eu peur
Nous aurions tenu le flot et la lame
Souqué les voiles blanches du vent
Je t'aurais alors tendu la main puis souri
Encore une fois pour te retrouver
Comme le fit pour nous l'Abbé notre Guide
Si souvent entre le secours et la fraternité
Mon Ami mon Frère je tiens
A raviver notre liesse d'antan
T'apaiser enfin et chasser le tourment
Toi que j'ai perdu en renaissant à la vie
Dans ce bain d'opprobre et de vérité flouée
Nous évoquions le Créateur Son Fils
Tu citais les Pensées La Boétie et Montaigne
Quand tu n'ouissais plus l'hymne de l'Univers
Que ta mémoire restât profonde
L'entendement si clair Comment faillit
Ainsi ta Volonté Mais jamais
Tu ne fis d'accroc à l'Amour qui te rivait
Aux tiens à la bonté et ses racines azurées
Maintenant que tu n'es plus de l'intervalle
Sur la Voie O déréliction Sans ta voix
J'espère que tu écoutes et nous lis
A toi je confie chagrin et douleur
Ainsi soient-ils fusant de partout
Pourquoi t'ai-je ainsi abandonné
A la folie à l'angoisse des opiacés à la dérive
Aux faux messagers du vol social
Aux pourfendeurs des âmes libres
Pourquoi t'avoir laissé aux prises
De ces hérauts noirs portant si tôt le deuil
Des reclus des indésirables que l'on cache
En les confinant en marge du Savoir
Sans jamais une seule fois Être ni croire
La ville et ses outrages impitoyables
Comblent tant d'oubliettes Peuple
Les cachots et les cloaques lamentables
Où sévit en chutant dans la grisaille
L'infernale incurie des petits chefs

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CRISTIAN GEORGES CAMPAGNAC

 

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la_guerre_des_boutons_1961