Le chœur - Première femme - Deuxième femme - Troisième femme

 

Le Chœur

 

Il ne chante plus le rossignol
Maintenant il dort
Dans son éternité de cailloux et de racines
Et son cœur glacé a la forme d’une guitare

 

Première femme

 

Chaque parole de sa bouche d’or
Avait la saveur d’un fruit du printemps
Ses caresses brûlaient le corps des amantes
Et le flot de ses baisers
Animait dans nos veines des roses de feu.

 

Deuxième femme

 

Je me souviens de la grâce de ses cheveux
Si j’avais la voix du vent
Je chanterais son profil d’ange
grave parfois devant la mort.

 

Troisième femme

 

Quand il dormait les étoiles
Attelages royaux de la nuit
Buvaient comme des bêtes blanches
La lumière énamourée de ses yeux.

 

Le chœur

 

Il ne chante plus le rossignol
Il se tait dans la paix des eaux
La chaleur centrale
Traverse le manteau de verdure.

 

Première femme

 

O Compagnes infidèles qui glissez entre les lilas
Vers les rendez-vous furtifs
Des oliveraies le rossignol chante pour vous,
La lune éclaire pour vous
Et la brise met une confondante prière
A vos joues poudrées

 

Deuxième femme

 

Le sang est plus rouge que l’argile de la rivière
Où nous lavons, mes sœurs, l’enfant de minuit
On dirait qu’un profond couteau de crime
A traversé la gorge du rossignol.
il ne chante plus, ô mes sœurs, l’oiseau
Dont chaque aile était une saeta
Et la mer ne peut dormir derrière les ramblas
Et son ventre pâle tourne et se renverse
Sur le lit de sable
Comme l’épouse prise de douleurs.

 

Troisième femme

 

Les gitans, qui, comme toi, nomades
Vont où les guide le vent
Invoqueront ce soir Sarah la noire.
O taureaux messagers ailés de la mort
Portez son âme vers les pâturages éternels ;
Qu’il repose le cœur bourdonnant
Comme un vol d’abeilles des Hurdès,
Toujours plus près de la lumière et que son chant
Soit l’aurore nouvelle de notre peuple.

 

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ANDRE LAUDE

 

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Federico Garcia Lorca