"Dans l'art du conte est un constat fondamental qui s'applique d'ailleurs à la relation en général : suivant le lieu d'où l'on parle, on touche le même lieu chez celui qui écoute. Autrement dit, si la parole émane de notre peur, nous réveillons la peur chez l'autre. Si elle vient de notre paix intérieure ou de notre tendresse, l'autre ne se sentira pas menacé et même il pourra s'ouvrir. On peut bien dire des mensonges, mais on ne peut mentir sur ce qu'on est. La parole conteuse est servante de la caresse. Elle ose sortir de notre raison et nous emmène dans le jardin de notre nature.
Cependant, au-delà de ce qui est dit, est nécessaire la présence du corps, du regard, de la musique de la voix. Nécessaire aussi est le choix de l'instant où les choses sont dites. Nécessaire est la relation, la communion qui unit deux êtres, chacun à l'un et à l'autre bout d'une impalpable vibration sonore. Que se passe-t-il quand ce fil invisible unit non pas seulement une bouche à une oreille, mais deux regards, deux esprits, deux souffles, deux vies dans un même instant ? [...]
Que se passe-t-il derrière les présences, le bruit des mots, les silences? On ne peut que flairer ces choses, les ressentir, écouter la musique infiniment ténue qu'elles allument en nous."

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HENRI GOUGAUD

 

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