Notre-Dame-de-la-Grâce
les vents contraires tournoient
enveloppant notre terre
comme une momie sans corps
Toi tu veilles en silence
le visage comme un phare
tourné vers la nuit du large
Les tempêtes hauturières
menacent le bord du monde
où tu te tiens en rempart
Montent dans les embruns vifs
dans les paquets de mer brute
les prières boréales
des femmes défigurées
par l'appel qui les regarde
Les hommes perclus d'espoir
aux yeux délavés d'amour
d'avoir tant scruté l'azur
sous l'obscurité de l'âme
reviennent les lèvres closes
Ont-ils reçu dans leur bouche
au plus fort de la nuit d'encre
une parole qui sauve ?
Ont-ils peur en descellant
leurs lèvres au cœur du siècle
que du temple de leur gorge
choie le paradis reçu ?
Notre-Dame-de-la-Grâce
donnez à ces hommes d'armes
de partager en secret
leur trésor illuminant
l'avenir certain du monde

...

Notre-Dame-au-pas-de-Colombe
entrouvre donc le manteau
lourd du siècle assourdissant
et te glisses dans le bruit
des gorges contradictoires
Tout doucement pose-toi
sur le front de l'homme-amer
et fais-y dégouliner
à voix basse ta parole
Qu'importe qu'aucune oreille
ne saisisse ton murmure
Tu y déposes l'empreinte
des floraisons d'avenir
Le soleil se lève à l'Est
de la tempe occidentale
aimanté en son couchant
par la nuit germinatrice
Il n'y a pas de non-être
Tout veut son surgissement
et ta langue maternelle
dit son nom secret à l'homme
C'est inscrit au firmament
de la voûte de son crâne
sous la poussée bourgeonnante
infiniment formulée
de la racine du monde
qu'est ta Parole stellaire
calme au-dessus de la mer
Ainsi dévoile ton nom
à la limite des terres
L'avenir sûr de la vie
procède du Cœur ouvert
aux traces de vérité
semées par tes pas de souffle

...

Notre-Dame-de-la-Peinture
les images merveilleuses
se meuvent dans l'invisible
et fécondent la matière
La surface de la vie
est maculée de nos peurs
et l'épiderme du monde
attaqué de toutes parts
ne laisse plus entrevoir
que le versant insalubre
de la pensée trop humaine
Mais la trame du vivant
voilée de masses obscures
est tissée à son plus vif
de fils d'or étincelants
au contact d'un regard clair
A ces yeux qui savent voir
jusqu'à la chair nue du Temps
tu as donné des mains d'aigle
liées à l'esprit-jaguar
dont le cœur pour le visible
ne bat que par la beauté
Notre-Dame-des-Images
en plus d'avoir revêtu
du manteau de l'avenir
celui qui peint maintenant
le pan armé des prières
place dans la vie aimante
d'El Pintor y su Mujer
un miracle de lumière,
accorde de ta douceur
à l'existence guerrière
du chef des Hommes debout
Lui qui reçut sans faiblir
le devoir de révéler
en s'affrontant au danger
l'un des visages de l'Etre
sous la forme de Mintak
que ton souffle délicieux
dans les plis duquel renaît
incessamment la présence
l'enveloppe maintenant
attisant l'écorce rare
des sérénités sublimes
par où l'action de Mangù
pèsera bleue sur le monde
allègera sa vie d'homme
en éblouissant la terre.

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GWEN GARNIER DUGUY

 

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Parkes_Letter

Oeuvre Michaël Parkes