Oui, c'est vous que j'interroge sur ce que nous sommes.

Je le sais, tant de bonheur à nous entre-saisir,

c'est que toute caresse retient,

que rien de ce que vous découvrez si tendrement ne vous échappe,

que vous éprouvez là le pur sentiment de la durée.

Ainsi l'éternité vous semble promise dès l'étreinte.

Et pourtant...Une fois passées la peur des premiers regards,

la longue attente à la fenêtre,

la première promenade à deux, la toute première dans le jardin :

êtes-vous encore des amants ?

Quand vous vous offrez vos lèvres pour y boire,

- soif contre soif -,

ô comme celui qui boit, étrangement, s'absente de son geste !

 

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RAINER MARIA RILKE

 

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le baiser2