Ce silence veille sur eux
Seul refuge de ces choses fugitives
Qui ne supportent pas d’être nommées, quand les noms tuent, et comme ils tuent parfois
Qui succombe sitôt définies ou prononcées
Évanouisses sitôt vues
Des choses à l’abord périlleux, d’une fragilité précieuse
Comme l’aile fine d’un papillon qu’il ne faut caresser que des yeux, et être prudent tant le regard peut blesser.
Qui dans la main, vous laisse une poudre lumineuse, trace, passage de ce qui est au-delà de toute captivité, même celle des mots

Le nom tue, le regard blesse, le toucher brise... que faire ?
Renoncer à ses sens et rentrer dans le silence
Un silence bienveillant
Ne pas dire pour continuer à être...
Quand « le mot » est l’arrêt, la fin, le bord du néant
Quand « le mot » est l’effondrement, la ruine

Mais, il arrive que le silence craque, se fracasse comme un château de cristal qui succombe sous le poids de sa transparence

Se taire… se taire avec des mots, ces mots, jetons de mots qui habitent l’espace séparant silence et parole, un lieux en éternel midi, en apesanteurs, sans lumières ni ombres, sans portées, sans poids, sans impact, sans mots justement
Culbutes de mots arrêtés en pleine fougue dont on n’aperçoit que l’impact de leur chute, un creux sombre granulé
Des mots qui ont perdu leurs formes, eux mêmes perdus comme la voix désespérée du ciel qui ne connaît aucune destination, ni ancienne bouche pour y retourner, mais sans bruit, sans lumière.

Entre elle et lui, des yeux fermés, une bouche perdue que cherche son visage et quatre mains agrippées au vide.

 

.

 

SIHAM  ISSAMI

 

.

 

AMANTS