Quand j’aurai rendu visite aux hommes du monde

            entier,

Quand à travers leurs mots, leurs chants, leurs plaintes

            j’aurai partout passé, ayant comme laissez-passer

Auprès d’eux tous ma fatigue et mon effort de nuit

            et de jour,

 

Quand pour comprendre un mot de plus d’un frère

            éloigné,

J’aurai donné mes aurores, mon sommeil, mes songes

            pendant dix années

 

                        (Que fait-il en Chine, cet homme-là

                        Et celui-là que fait-il dans l’Arabie ?

                        Qu’ont-ils fait dans tous les temps, dans tous les

                        Pays ?),

 

Quand, courbé sur l’œuvre de beauté

 

Lorsque j’aurai servi les plus grands de tous,

Pouchkine, Ady, Fröding, Imroulqaïs, Tou Fou,

Essenine, Maïakovski, Palamas,

 

Lorsque j’aurai vécu sans sommeil, sans lit,

 

            Je déboucherai sur un grand désert,

            Sans personne,

            N’ayant plus que moi-même ;

 

            Je devrai m’expliquer avec les étoiles,

            M’en aller tout petit sous la grande clarté de la nuit

                        Nuit,

                                               Très âgé,

            Comme un qui a traversé les pays et les âges.

 

Mais je me sentirai jeune de toute la terre traversée,

            Aimée,

J’aurai pour m’apaiser toute la terre consolée.

 

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ARMAND ROBIN

 

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TERRE2