D’abord
Ne vous donnez pas la peine
Aucune peine de chercher
Ni dans le Larousse
Et encore moins sur le Web
Le sens du mot Dieulogue
Vous ne le trouverez pas
Nulle part
Sauf si vous tombez sur ce même texte
Ce qui ne vous éclaire en rien finalement
Néanmoins il n'est point besoin de sortir d'El-Azhar
Ni encore moins de Harvard
Pour deviner sa signification
Selon l’ouverture de l’esprit
Pour ne pas dire le Qi de chacun
Un Dieulogue, vous l'avez donc compris
Sinon à titre indicatif, il s’agit d’un Jour
Je vois certains qui ont cru comprendre
Se rendre compte qu’ils n’ont rien compris
Alors suivez-moi…

C'est donc le jour J
C'est un jour hors du temps
Ce n'est ni le jour ni la nuit
Ce n'est ni l'été ni l'hiver
C'est un jour hors de l'espace
Ce n'est ni sur terre ni sur mer
Ce n'est ni dans l'air ni dans le vide absolu
On y est sans âge
On croit y vivre son enfance dans sa vieillesse
Simultanément avec son adolescence
On y est nulle part et partout
On croit y être en même temps à n'importe quel point de l'univers
Témoin de chaque évènement de l'Histoire
D'avant sa naissance et d’après sa mort
C'est simplement le Jour J
Indescriptible incommensurable
Impalpable incolore inodore
Mais interminable comme Dieu

On est tous là
Ce qu’on appelle l'espèce humaine
Dans toute sa diversité
Des primates poilus aux humanoïdes à venir
Des animaux et aux anormaux
De toutes couleurs de peau
De toutes grosseurs de cerveau
De toutes conneries
La liste est longue
Je vous laisse le choix de vous y inclure

On est tous là
Tous ensembles et tous seuls à la fois
Personne n'est inconnu à personne
Personne ne s’adresse à personne
Et chacun est indifférent à l'autre
On reconnait son père mais ce n’est qu’un homme
On reconnait sa mère mais ce n’est qu’une femme
On reconnait ses enfants mais ce ne sont que des enfants
On reconnait sa femme mais on s’en fout de son infidélité
On reconnait ses amantes mais on ne pleure plus de folie
On reconnait son banquier mais on ne fait plus de compte
Non, ce n'est ni par timidité ni par asocialité
C'est parce que c'est le jour du chacun pour soi

On est tous là
Agglutinés pêle-mêle
A la queue-leu-leu
Chacun attendant son tour
Il suffit de croiser un visage pour y lire son identité
On connait tout de lui, absolument tout :
Sa planète, son époque, son pays, sa langue
Il suffit de poser l'œil sur un individu pour qu'instantanément, il s'éclaircisse :
Son qui, son quoi, son pourquoi, son comment, son quand, son où
Dans ce désordre tout est ordonné
Dans cette complexité tout est expliqué
La mémoire, toute la mémoire de l'univers
De chaque chose, de chaque être
Est là.
A portée de cerveau de tout un chacun
Vive, fraiche et prompte
On reconnait Mozart et on se souvient de son Requiem
On reconnait Baudelaire et on sent ses Fleurs du Mal
On reconnait Picasso et on revoit son Guernica
Non, ce n'est ni par magie ni par omniscience
C'est parce
que c'est le jour de la transparence

Tout le monde est là
Il y a les athées et les croyants
Karl Marx et ma grand'mère
Il y a les oppresseurs et les opprimés
De Gaule et ma grand'mère
Il y a les rois et les esclaves
Kadhafi et ma grand'mère
Il y a les illuminés et les sages
Ben Laden et ma grand'mère
Il y a les égorgeurs et les égorgés
Belhadj et Djaout le poète
Et puis il y a toi et moi
Oui, toi qui lis en souriant pour le moment
Chacun portant dans la main droite ses bonnes actions
Et dans la main gauche ses mauvaises actions

Mon Dieu ! Que d'individus aux deux mains du côté gauche !
C'est le cas d'Hitler
Le champion des champions
On ne voit que sa tête
On le reconnait à sa moustache qu'il porte sous le nez
Noire, grosse et grasse comme un cafard des égouts
Tout le reste de son corps n’est qu’une main
La gauche
Longue comme une tranchée boueuse
Tremblante comme la peur
Hurlante comme la torture
Rouge comme le sang
Fumante comme un crématoire
Noire comme la mort
Il y coule des fleuves de corps sanguinolents
Entassés comme des sardines pourries
Des millions et des millions
Enfants et vieillards
Femmes et hommes
Juifs et Slaves
Noirs et Bruns
Libertins et Communistes
Démocrates et Résistants
Handicapés et Homosexuels
Enchainés
Affamés
Gémissants
Mutilés
Violés
Ecorchés
Torturés
Calcinés
Il y brûle toute la mémoire et toute la beauté humaines
Ses musées et ses bibliothèques
Ses opéras et ses théâtres
Ses synagogues et ses églises
Ses mosquées et ses temples
Ses ponts et ses tours
Ses villes et ses campagnes
Ses roses et ses oiseaux

…Et au suivant

Ici, on voit les mains de César
Et là, celles de Okba
Là, on voit les mains de Colomb
Et ici, celles de Staline
Toutes gauches et ensanglantées

…Et au suivant

Là, on voit les mains de Bigeard
Et ici, celles de Botha
Ici, on voit les mains de Pol Pot
Et là, celles de Khomeiny
Toutes gauches et ensanglantées

…Et au suivant, crie le Cerbère en attisant ses feux


Puis vient mon tour
C’est juste après Kadhafi
Qui a succédé à BUSH
Lequel a été le suivant d’un certain Belkadem
Des mégalomanes de mon époque
Je reconnais l’un à sa démarche de chameau
L’autre à son allure de Rambo
Et le dernier à son turban soudanais
Pour vous dire franchement, j’ai une trouille verte
A chier dans mon froc de me retrouver coincé entre ces dinosaures de mon époque...
Je m'approche donc gauchement
Avec dans le creux de ma main gauche :


Quelques tonneaux du bon vin ensoleillé des coteaux de Médéa
Un cœur aussi volumineux que le Djurdjura débordant de tout l'amour que j'ai donné aux femmes
Mes quelques écrits dont précisément celui-ci et qui m’a couté une fatwa de mort…
- Qu'as-tu-fait de ta vie, mon fils ?
- J'ai bu, j'ai aimé et j'ai écrit
- Tu as bu mais ce n'est qu'une goutte devant tout le sang versé en mon nom;
Tu as aimé mais ce n'est qu'une épine devant toute la haine répandue en mon nom;
Tu as écrit mais ce n'est que poésie devant toutes les fatwas mensongères écrites en mon nom.
Puis de rajouter en Tamazight : "Ayad ammi, gher idis iw. (Viens, mon fils, entre dans mon Paradis)".

Sur ces mots, Belkhadem que Belzébuth pointe de sa fourche pour s’approcher de lui sursaute
Ne croyant toujours pas que Tamazight est aussi une langue de Dieu
Au Paradis, la République Démocratique

Plus bas je vois alors Kadhafi délirant toujours « zenga ! zenga ! »
Pourchassé par une pluie de souliers :
Toutes les espadrilles de ses décapités
Toutes les babouches de ses torturés
Toutes les mules de ses violées
Les grilles de l’Enfer s’ouvrent
Le Cerbère lui assène un coup de pied au cul
Kadhafi fait un superbe saut parabolique
Et vient plonger dans le chaudron de lave écumante en faisant un grand plouf
Ecrasant de tout de son poids de chameau
Le Rambo de Bush déjà tout fumant qui arrive à peine à prononcer « Aie ! Be careful, my friend ! »

...Tandis que Dieu soupire comme par regret :
"J’ai créé l’homme à mon image et il a osé vouloir me surpasser."

 

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BAREK ABAS

 

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DAVID HO 4

Oeuvre David Ho