Nous étions trois,

sous le porche,

à sucer les mots tiédis de la mère.

 

Elle avait interdit au ruisseau

d'aller faire peau neuve

dans la maison.

Pour garder bien au sec -disait-elle-

nos rires, les miroirs et le grand cahier vert.

 

Dès que midi sonnait,

on dépliait les chemins.

Quelques éclats de voix,

juchés dans le pommier,

cherchaient à tâtons

les vieux nids,

la main calleuse du père.

 

Les fenêtres invitaient le soleil

à la danse du poème.

Hostie sous la langue,

les mots fondaient,

déambulaient dans nos veines,

jusque sous l'écorce du ciel.

 

L'été glissait,

s'abreuvant aux mamelles de vent.

 

La maison, accroupie sur la page,

sentait le cassis, l'encre violette et la cire d'abeilles.

De ses doigts, légers,

elle époussetait ses rides,

caressait le duvet de l'ange,

pianotait sur l'étang.

 

La maison, parfois,

appareillait pour d'autres visages,

mais toujours revenait.

 

Le père, alors, allumait un grand feu.

La mère en profitait pour faire la lessive,

repeindre les murs,

trouver un nom au dernier né des ormes.

 

Puis elle s'asseyait,

entre vague et aubier,

pour que tout le bleu advienne.

 

Nous étions trois,

sous le porche,

à sucer les mots tiédis de la mère.

 

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BRIGITTE BROC

 

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VAN GOGH 2DD

Oeuvre Vincent Van Gogh