E­coute encore, donne tes mains dans les mien­nes : si tu sui­vais, dans mon pays, un petit che­min que je con­nais, jaune et bordé de digi­ta­les d’un rose brû­lant, tu croi­rais gra­vir le sen­tier enchanté qui mêne hors de la vie… Le chant bon­dis­sant des fre­lons four­rés de velours t’y entraîne et bat à tes oreilles comme le sang même de ton cœur, jusqu’à la forêt, là-haut, où finit le monde… C’est une forêt ancienne, oubliée des hom­mes… et toute pareille au para­dis, écoute bien, car…

A la première haleine de la forêt, mon coeur se gonfle. Un ancien moi-même se dresse, tressaille d'une triste allégresse, pointe les oreilles, avec des narines ouvertes pour boire le parfum.

 Le vent se meurt sous les allées couvertes, où l'air se balance à peine, lourd, musqué... Une vague molle de parfums guide les pas vers la fraise sauvage, ronde comme une perle, qui mûrit en secret, noircit, tremble et tombe, dissoute lentement en suave pourriture framboisée dont l'arôme enivre, mêlé à celui du chèvrefeuille verdâtre, poissé de miel, à celui d'une ronde de champignons blancs... Ils sont nés de cette nuit, et soulèvent de leurs têtes le tapis craquant de feuilles et de brindilles... Ils sont d'un blanc fragile et mat de gant neuf, emperlés, moites comme un nez d'agneau ; ils embaument la truffe fraîche et la tubéreuse.

 

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COLETTE

 

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FORET3

Oeuvre ....?