Il y a des mots qui font plus mal qu’une claque. Des mots qui claquent dans la malle de la mémoire. À la consigne de l’oubli, j’ai planqué ma mémoire. Elle est revenue puisqu’elle m’est recommandée, paraît-il. « Am’nez-y, am’nezy, elle est à lui ! » hurlait une voix.
Léguer mon cerveau à la science. À quoi bon, puisqu’il est vide. Je léguerai mon cerveau à un antiquaire pour qu’il en fasse, allez ne mégotons pas, un cendrier. Comme ça je sentirai rouler en moi les cendres des vivants. Je serai l’unique lecteur du courrier des lèvres. Que de mots coincés dans les filtres Gitane and seita. Que de mots restés en rade au bord des lèvres. Que de mots suspendus dans les commissures de la diplomatie. Enfin, que de mots partis en fumée.
J’écris sur le fil des idées avant que les idées ne filent. Je me méfie des mots croisés. C’est l’univers carcéral de la pensée. Les mots en cage c’est comme le tolar au mitard : ils ne communiquent pas. Le cruciverbiste a les idées qui se croisent les bras entre lui et lui sur la grille du parloir.

Les mots grincent comme des portes que les mains oublient ; comme des pensées rouillées par l’habituelle non remise en question ; comme les dents dans la gueule de la liberté bâillonnée.
Les mots font la mer comme les remous dans un esprit en tempête ; comme des bastonnades contre les remparts politico-machin-truc-chose ; comme les vagues de la sensibilité dans des crescendos et decrescendos.
Les mots font la guerre comme la grenade, fruit de la mort ; comme les éclats de vie égrainés sur le sable ; comme le soldat inconnu que la mobilisation a reconnu ; comme le drapeau qui se gonfle d’orgueil sous l’air du clairon ; comme le clairon qui t’arrache de la vraie vie pour te plonger dans l’horreur organisée.

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FABRICE PASCAUD

Arcane 17

 

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Francesc Català Roca 2